Le deuil et l'affliction.

 

            Les pertes ont été si grandes que le triomphe de la victoire cède la place à l'expression du chagrin.                            

            Si le discours officiel est plutôt patriotique (voir les discours des inaugurations), le monument parle souvent un autre langage : celui de la douleur. Il affirme sa destination funéraire avec le motif de l'urne, d'inspiration antique.(Esmery-Hallon, Mesnil-St-Nicaise)

            Pas d'esprit de revanche généralisé, mais un pathétique largement diffusé à travers des scènes édifiantes : visages crispés, gravité douloureuse des soldats blessés, Fins , mourants, Athies ; Airaines, soutenus ou veillés par des femmes allégoriques Chaulnes.

des "pietà" : Beaumont ; Hamel.

des femmes affligées, Villers-Bretonneux, éplorées, (Saint-Acheul), s'inclinant sur un casque , Harbonnières, ou serrant un manteau vide (Sailly-Sallisel)

qui ne sont pas seulement des allégories à l'antique, mais des mères, des veuves, Montauban de Picardie. ; Friville-Escarbotin.

qui maudissent la guerre avec violence comme dans le beau monument de Paul Auban à Péronne.

            Le superbe monument bifrons de Roye illustre lui aussi cette tendance pacifiste : d'un côté, la Paix et la Ville debout, de l'autre, la Guerre, vieille femme accroupie sur fond de ruines ; Roye 1 ; Roye 2.

            La femme perpétue le souvenir en montrant à son fils le casque de son père, Hangest-en-Santerre.

ou son nom inscrit dans la pierre; Corbie.

            A Licourt, c'est l'enfant lui-même, le visage grimaçant, qui tire le linceul sur le corps du soldat.

            A Miraumont et à Thézy-Glimont, le petit enfant accroche la couronne de lauriers à la stèle.

            Les bas-reliefs qui ornent certains monuments, retracent des épisodes douloureux de la guerre : la mère et l'épouse (Rosières 1 ; Rosières 2) le départ du soldat (Proyart), les tranchées (Péronne), l'évacuation des blessés (Fort-Mahon), des champs de croix (Mametz ; Pierrepont-sur-Avre) ; des scènes de la vie quotidienne : le travail des champs fait par les femmes (Fort-Mahon), la vigne (Proyart), une charrue, une enclume (Albert, autre monument aux morts situé dans l'enceinte du cimetière), un rouet (Friville-Escarbotin), des groupes familiaux où figurent les trois générations (Devise 1 ; Devise 2) suggèrent la vie en temps de paix ou la vie qui continue malgré tout.

            Ces monuments funéraires, tout en glorifiant les héros exaltent le chagrin des survivants et perpétuent le souvenir des sacrifices à travers les générations. Geste symbolique : une femme grave dans la pierre les noms des soldats  disparus, Roisel ; Estrées-Mons ; Soyécourt.

            Funéraire, patriotique, civique, tous ces aspects, nous l'avons dit, cohabitent dans de nombreux monuments dans une sorte de redondance symbolique :

Longpré-lès-Corps-Saints.

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