4) L'emplacement

 

 

            A l'origine, environ 50% des monuments aux morts se dressent sur une place publique, un quart sur la place de l'église, environ 15% dans les cimetières. Le reste est plutôt excentré. Comme la plupart des villages sont de dimensions modestes, le monument est parfaitement intégré au centre : la mairie, l'église, l'école, la place, ne sont pas en général, très éloignées les unes des autres. D'ailleurs, au cours de notre voyage itinérant à travers la Somme, c'est le clocher de l'église qui nous a servi de point de repère et, presque toujours, nous avons découvert le monument dans les environs immédiats.

 

            Pourtant, le choix de l'emplacement n'alla pas sans difficultés. Il fallut concilier les opinions politiques, religieuses voire les intérêts particuliers. A Saint-Valéry-sur-Somme, l'opposition entre le Conseil municipal et le Comité privé pour l'érection du monument, tourna presque à l'émeute.

 

            Beaucoup auraient souhaité voir le monument au cimetière : certains conseils ont rejeté cette demande. D'autres, au contraire, ont voulu que les morts pour la Patrie figurent au cimetière comme les morts d'une grande famille. Citons la lettre d'un conseiller municipal d'Abbeville qui plaide en faveur du cimetière.

 

            "A quel endroit de la ville, la mère, l'épouse, les enfants, qui ne pourront avoir la consolation de posséder près d'eux les restes des leurs, iront-ils se recueillir et souvent prier?

            N'y a-t-il pas lieu, d'être convaincu que ce sera à l'ombre d'un monument élevé justement dans cet enclos, d'où sont exclues toutes les réjouissances, que ces malheureux viendront vivre quelques instants avec leurs chers disparus?

 

            Pourront-ils le faire à tout autre emplacement, qui ne saurait être qu'une place publique?

 

            Sur une place, où ne passent que des indifférents, qui sera envahie, surtout si c'est celle de la porte du Bois, comme vous me l'avez fait pressentir, par une foule parfois en délire qui, ne respectant rien, saccageant même à l'occasion, oubliera la reconnaissance due aux modestes héros abbevillois, dont les noms bien connus seront gravés dans la pierre, salissant ainsi, j'en ai la crainte, leur précieuse mémoire..."(11)

 

NOTE 11 : Le Pilote de la Somme, 12 novembre 1920.

 

 

            A Daours, le monument, initialement prévu dans le cimetière communal, sera placé devant la Mairie (séance du 8 juillet 1922). Mais le 26 mars 1923, à cause de la fête locale qui se déroule comme d'habitude sur cette place, le Conseil municipal considère que, "par respect pour les Morts, il est impossible que la fête locale se passe sur la place où se trouve érigé le monument commémoratif". Et comme il serait fortement préjudiciable pour la commune que la fête ait lieu dans un autre endroit, on décide de déplacer le monument. Il semble que cela ne se soit pas fait puisqu'il est toujours place de la Mairie.

 

            Quant au terrain, il a souvent été offert à la commune par des particuliers comme à Airaines, Chaussoy-Epagny, Quiry-le-Sec, Lamotte-Buleux, Tertry...

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